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Design·11 mai 2026

Une liste sans onglet

Une main tient un téléphone à hauteur de poitrine dans un couloir lumineux, le pouce en suspens au bord de l'écran

Une application sans onglets doit quand même laisser voir ce qu'elle a retenu. Plutôt que d'ajouter une barre de navigation, l'écran de conversation est devenu la page centrale d'un carrousel de trois : les mémos et les tâches d'un côté, l'agenda de l'autre, chacun atteint d'un simple balayage. Dans le même mouvement, la fiche a cessé d'être décrite par le modèle et se fait désormais assembler par le serveur.

Une contradiction, posée franchement

Le parti pris de départ tient en une phrase : pas d'onglets, pas de listes à parcourir. On parle, la mémoire range, et ce qui doit être vu remonte au bon moment. C'est ce qui rend l'écran principal lisible par n'importe qui, sans mode d'emploi.

Sauf qu'un usage revient tout le temps, et qu'il est parfaitement légitime : vouloir regarder. Voir ce qui traîne dans ses tâches, relire un mémo dicté la semaine dernière, vérifier qu'une chose a bien été retenue. Refuser cet usage au nom d'un principe, c'est transformer un parti pris en entêtement.

La question n'était donc pas de savoir s'il fallait donner accès à une liste, mais comment le faire sans réintroduire ce qu'on avait passé des mois à retirer.

La réponse était déjà à l'écran

L'agenda vivait déjà à droite de l'écran de conversation, atteint par un balayage. Le geste existait, il était compris, et il ne coûtait aucun pixel d'interface permanente. Il n'y avait pas de raison d'en inventer un autre.

L'écran de conversation est donc passé de la première à la deuxième position, au centre d'un carrousel de trois pages. À gauche, un panneau Mémos et Tâches. Au centre, la conversation, qui reste ce qu'on voit à l'ouverture. À droite, l'agenda, inchangé.

Ce déplacement paraît anodin. Il ne l'est pas, parce qu'il change la position de repos de tout l'écran : la page centrale doit s'afficher au démarrage, le geste doit s'accrocher à trois positions au lieu de deux, et la résistance aux deux extrémités doit rester perceptible pour qu'on sente le bord sans le franchir. Un carrousel qui part au mauvais endroit ou qui glisse trop loin donne immédiatement l'impression que l'application a bougé toute seule.

Le panneau lui-même reste volontairement pauvre : un titre, deux onglets internes pour basculer entre mémos et tâches, un champ de recherche qui filtre sur le contenu, et une liste ordonnée par dernière mention. Ce dernier point compte plus qu'il n'y paraît : l'ordre n'est pas la date de création, c'est la dernière fois que la chose a été évoquée. Ce qui vit remonte, ce qui est retombé descend, exactement comme dans la mémoire à étages.

Toucher un élément n'ouvre pas un nouvel écran. Le tap emprunte le chemin déjà utilisé par l'agenda et ouvre la fiche à la bonne ligne. Une seule logique de navigation, pas deux qui divergeront dans six mois.

La fiche qui n'arrivait jamais

Le même chantier a réglé un défaut plus profond, et sans rapport apparent.

Jusque-là, quand le modèle voulait afficher une fiche, il en décrivait lui-même le contenu. Il annonçait la fiche, et fournissait dans la foulée les données à peindre. C'est commode à écrire, et c'est une mauvaise idée : cela suppose que le modèle se souvienne exactement de ce qui vient d'être enregistré, dans le bon format, sans rien omettre. Quand il se trompait, l'application affichait consciencieusement une fiche vide. Le défaut n'était pas dans l'affichage, il était dans le fait d'avoir confié la donnée à celui qui n'en est pas la source.

L'appel a donc changé de nature. Le modèle ne décrit plus rien : il désigne. Il donne un identifiant de neurone, une liste d'identifiants, ou un filtre. Le serveur va chercher la donnée réelle et assemble ce qui sera affiché. La fiche vide n'est plus corrigée, elle est devenue impossible, ce qui est la seule forme de correction qui tienne dans le temps.

Deux ajustements complètent le tableau. La fiche s'ouvre maintenant d'elle-même après la création d'un mémo, d'une tâche, d'un rappel ou d'un événement, parce que ce sont les cas où l'on veut voir le résultat. Elle ne s'ouvre pas pour les faits et les contacts, qui restent de la mémoire silencieuse, ni quand une information ne fait que renforcer une chose déjà connue. Et l'ouverture attend trois dixièmes de seconde : quand une seule phrase crée plusieurs neurones d'affilée, ce délai évite que l'écran clignote en empilant les ouvertures.

Ce qu'on en garde

Deux règles, sorties du même chantier.

Un parti pris se défend par un geste, pas par un refus. Nous ne voulions pas d'onglets : nous n'en avons pas ajouté, et l'usage est quand même servi. La contrainte a produit une meilleure réponse que celle qu'un onglet aurait donnée, parce qu'elle n'occupe aucune place tant qu'on ne la demande pas.

Et la donnée affichée doit venir de là où elle est stockée, jamais de celui qui la raconte. C'est vrai du modèle comme du reste : entre la mémoire et l'écran, le chemin le plus court est celui qui traverse le moins d'intermédiaires.

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